Comment parler de la mort d’un proche aux enfants?

La disparition d’un être cher est un bouleversement pour ceux qui restent, un choc violent, une blessure atroce. A l’annonce d’un décès nous sommes projetés dans une phase de stupeur et de sidération. L’appareil psychique est comme paralysé, il ne peut plus élaborer et la souffrance s’exprime à l’état brut: cris, pleurs, colère, sidération…

Comme pour de nombreux autres sujets, il n’existe pas de méthode toute prête pour annoncer la mort. Fort heureusement d’ailleurs, car cela reviendrait à nier la singularité de chaque situation (mort brutale ou prévisible, accident ou maladie…) et de chaque personne (culture, religion…).

UNE PAROLE SIMPLE, JUSTE ET ADAPTÉE.

Parler de la mort à un enfant c’est prendre le risque d’être confronté à ses propres peurs, questions et incompréhensions. C’est difficile mais c’est indispensable et nécessaire. Une parole simple, juste, vraie et adaptée à leur âge et à leur maturité affective. Par exemple, être mort ce n’est pas être “endormi pour toujours” ou alors c’est prendre le risque de faire du sommeil une angoisse permanente. Etre mort ce n’est pas non plus “être parti” sinon, comment l’enfant interprètera le fait que son père décédé est parti sans lui dire “au revoir”? Ce n’est pas non plus “être parti en voyage”, ou alors c’est laisser l’enfant dans l’illusion que sa grand-mère reviendra…

Autant de mots ou d’expressions qui se veulent apaisants de notre point de vue d’adulte mais qui peuvent, au contraire de l’effet escompté, aggraver l’anxiété. Avec les enfants il est très important de choisir les mots que nous employons car les petits peuvent facilement prendre pour argent comptant chaque mot exprimé. Il faut pouvoir prononcer le mot “mort”, sans chercher à masquer vos émotions. Ce qui perturbe les enfants c’est de voir les adultes pleurer sans comprendre pourquoi. Mais vous pouvez vous autoriser à pleurer et à montrer vos affects en expliquant ce que vous ressentez (tristesse, colère, inquiétude…). En agissant ainsi, l’enfant se sentira libre d’exprimer à son tour ses ressentis et vous pourrez ainsi l’aider (vous ou quelqu’un d’autre si vous êtes trop affecté) à parler de la mort et à comprendre ce qu’il se passe.

LA PARTICIPATION AUX FUNÉRAILLES

Il semble important que l’enfant puisse participer aux rituels du deuil. Nos projections d’adulte nous poussent souvent à exclure les petits des funérailles. Pourtant, en l’isolant, non seulement nous attisons sa curiosité mais surtout l’enfant risque de se sentir rejeté alors qu’il a justement besoin d’être rassuré. Selon M-F BACQUÉ, psychologue et professeur de psychopathologie clinique, les rites autour de la mort jouent un rôle psychologique vraiment important, avec pour fonction principale d’autoriser et canaliser l’expression de la souffrance. Il semble donc important que l’enfant puisse participer aux rituels de deuil que la famille mettra en place car cela lui permettra de voir que la mort est accompagnée et honorée. S’il y participe, il est important qu’un adulte de l’entourage s’engage à veiller sur lui afin qu’il ne se sente pas seul, surtout si ses parents sont trop impliqués dans les funérailles et indisponibles psychiquement pour jouer ce rôle. Attention néanmoins, il ne s’agit en aucun cas d’imposer à l’enfant une présence lors des funérailles! S’il décide d’y participer, il aura peut-être des idées bien précises sur ce qu’il souhaite faire: écrire une lettre, déposer des fleurs, faire un dessin…

En conclusion, parler de la mort avec un enfant c’est accepter de l’accompagner dans sa tristesse, c’est choisir ses mots, cela nécessite beaucoup de tact et de délicatesse, mais grâce à toute cette attention et cet accompagnement l’enfant pourra alors être suffisamment rassuré quant à sa sécurité et ses angoisses pour ainsi entamer un travail qui lui permettra de s’inscrire dans une histoire qui lui aurait échappée si la mort avait été passé sous silence.

Je dédie cet article à toutes les familles qui traversent ou ont traversé un deuil et particulièrement à tous les adultes qui ont ou devront, en plus de leur souffrance accompagner celle des enfants.

A bientôt,

Anne-Sophie Le Poder.

Bibliographie

BOWLBY J., Attachement et perte, Paris, Puf, 1984.

M-F BACQUE, Mourir aujourd’hui: les nouveaux rites funéraires, Odile Jacob, 2000.

H. ROMANO, L’enfant face à la mort (dans études sur la mort), 2007

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