Sensibiliser les enfants aux violences sexuelles.

Comment prévenir les agressions sexuelles ? Comment aider les enfants à connaître, reconnaître et dénoncer des comportements inappropriés ou des actes prohibés ? Dans cet article je vous propose des pistes de réflexion pour vous aider à prévenir les violences sexuelles en parlant avec vos enfants de leur vie affective et sexuelle ainsi que des risques d’agressions.

Parler de sexualité aux enfants.

Souvent les copains et les copines sont une source d’information importante dans la connaissance de la sexualité chez les enfants. Pourtant, c’est surtout aux adultes (parents surtout et aussi professeurs) d’expliquer les choses et d’éduquer les jeunes à la sexualité.

Bien évidemment, en ce qui concerne les parents, les pratiques éducatives et les connaissances sur le sujet varient considérablement et les informations qui vont circuler dans la famille seront différentes en fonction des cultures, des milieux sociaux, des croyances et des histoires individuelles de chacun. P. DOUCET, enseignant en sexologie, explique dans son livre La vie sexuelle des enfants ? que la vraie question est surtout de savoir parler de la sexualité des enfants aux adultes. En effet, de nombreux parents imaginent que les petits sont chastes et purs et qu’ils ne ressentiront leurs premiers émois sexuels qu’à la puberté. La sexualité infantile reste tabou et beaucoup de parents ne savent pas mettre de mots sur certains comportements, pourtant fréquents, de leurs enfants. Que ce soit par des moments d’exhibitionnisme/voyeurisme (montrer son sexe à un autre enfant ou regarder le sexe d’un autre enfant), de caresses de ses organes génitaux (quel parent n’a jamais surpris son petit en train de se caresser, la main dans la culotte / le slip ?) ou de jeux pour partir à la découverte du corps de l’autre (jouer au docteur par exemple), la sexualité existe chez les enfants et il serait dommage de fermer les yeux.

La première des mesures de prévention serait donc de parler de la sexualité sans tabou, de manière simple, légère et joyeuse. En effet, il serait effrayant, probablement inefficace et surtout dommageable de parler des risques d’agression sexuelle sans avoir au préalable parlé de l’aspect positif de la sexualité. Si vous surprenez votre enfant la main dans le pantalon vous pouvez par exemple lui dire qu’il a le droit, que c’est peut-être agréable mais que c’est quelque chose d’intime. Vous pouvez par exemple lui dire qu’il peut se caresser, que ce n’est pas interdit, mais qu’il est préférable qu’il le fasse quand il est seul dans sa chambre, que cela ne vous regarde pas.

Cette éducation sexuelle se fait au fur et à mesure des questionnements des enfants et des situations. L’idéal est de ne pas anticiper et d’attendre que votre enfant vous questionne. S’il ne pose aucune question n’hésitez pas à lancer le dialogue (des animaux qui s’accouplent peuvent par exemple vous servir de support pour discuter). Votre discours doit s’adapter en fonction de l’âge des enfants. L’idée c’est de pouvoir en parler assez tôt en s’appuyant sur les expériences de vie (une nouvelle grossesse dans la famille pour parler de la reproduction, un couple qui marche main dans la main dans la rue pour parler de l’amour …). En parler au fur et à mesure du développement de l’enfant permet d’éviter une grande discussion avec trop d’informations à l’adolescence. Sans oublier que souvent, en ayant une discussion trop tardivement, l’enfant a déjà reçu certaines informations sur lesquelles vous n’avez eu aucun contrôle et qui peuvent être parfois délétères s’il les utilise pour se construire sa propre idée de ce qu’est la sexualité (film ou images pornographiques par exemple). Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas très à l’aise et qui se demandent comment en parler, utilisez le dialogue. Questionnez votre enfant pour savoir ce qu’il connaît sur le sujet et quels sont réellement ses questionnements. Ainsi, vous éviterez de parler de choses qui n’intéressent pas encore votre enfant. Lors de vos discussions utilisez des mots explicites (évitez de parler de “petite graine” et parlez plutôt de spermatozoïdes par exemple). Votre enfant doit être capable de nommer ses organes génitaux comme les autres parties de son corps. Vous pouvez évidemment utiliser le mot “zizi” au quotidien au lieu de “pénis” mais de la même manière que vous parlez du “bidou” quand vous parlez du ventre, cela doit rester un petit mot mignon sans pour autant remplacer le mot anatomique adéquat. Dans ma pratique, je suis souvent surprise des mots enfantins qu’utilisent mes patients (un peu gênés), sans connaître le vocabulaire adéquat. Quand je leur parle avec le “vrai” vocabulaire vous n’imaginez pas à quel point ils sont soulagés de pouvoir enfin connaître un mot adapté pour parler de leur corps !

La différence entre l’amour et la sexualité.

Lorsqu’on parle d’amour on parle plutôt de ce qu’il se passe dans la tête. Un enfant peut par exemple aimer ses parents, son entraîneur de foot, son instituteur, son oncle, sa cousine… Lorsqu’on parle de sexualité, on parle plutôt de ce qu’il se passe dans le corps, des sensations physiques. Il est erroné de dire que si l’on s’aime on doit faire l’amour ou avoir des relations physiques. Être capable d’expliquer la différence à son enfant c’est aussi savoir le protéger car les agresseurs utilisent parfois cet argument pour expliquer leurs actes aux enfants : “c’est parce que je t’aime c’est normal quand on s’aime”.

La sexualité c’est agréable pour les couples qui s’aiment mais il faut savoir rappeler les interdits et expliquer que les adultes n’ont pas le droit de se comporter comme des amoureux avec les enfants.

Voici une petite vidéo que je trouve simple et efficace ! C’est exactement de cette manière que vous pouvez discuter de la sexualité avec vos enfants. Des mots simples, clairs et sans tabou.

Poser des mots sur les interdits.

Si vous arrivez à parler librement, sans pression et sans tabou de la sexualité avec vos enfants, vous pourrez ensuite, dans un discours préventif, expliquer les interdits:

  • Les grands ne doivent pas avoir de gestes déplacés. Il faut alors expliquer ce que peuvent être ces gestes déplacés (par exemple caresser ou toucher les fesses, la vulve ou le pénis).
  • Les grands n’ont pas le droit de menacer les enfants, de faire du chantage ou de donner des cadeaux pour avoir accès à leur intimité.
  • Personne n’a le droit de les toucher, les regarder, les caresser, les embrasser s’ils n’ont pas envie.

Les pédocriminels en question.

Si le profil des agresseurs est très varié, il est important de rappeler que, dans la grande majorité des cas, l’agresseur est connu de ses victimes. Donc même s’il faut parler de la méfiance envers les inconnus et des risques d’enlèvements, votre discours doit pouvoir englober toutes les situations. Certains sexologues ou autres spécialistes de la prévention des violences sexuelles conseillent de ne jamais laisser un enfant seul avec un adulte (ou enfant plus âgé que lui). C’est souvent une règle appliquée dans les écoles ou dans les lieux d’animation mais en faisant quelques recherches j’ai découvert qu’il n’y avait pas vraiment de texte de loi sur ce sujet… Si un avocat spécialisé passe par là, je l’invite à laisser un commentaire sous l’article pour nous éclairer sur le sujet ! Je doute que dans la réalité cette règle soit applicable à la lettre mais nous pouvons néanmoins la garder en tête pour toujours rester vigilants…

J’espère que ces quelques pistes de réflexion sur la prévention des violences sexuelles vous donneront quelques idées, quelques pistes. Comme à chaque fois, tout est à adapter en fonction de chacun et il n’existe bien évidemment pas de manuel précis à suivre pour prévenir les agressions sexuelles. Ce serait bien plus simple, je vous l’accorde, mais ce n’est tout simplement pas possible !

A bientôt,

Anne-Sophie.

Bibliographie

La vie sexuelle des enfants ? Tout ce qu’on aimerait sans doute savoir, mais qu’on ne souhaite peut-être pas entendre, P. DOUCET, Liber, 2016.

Hayez, Jean-Yves. « La vie sexuelle des 6-11 ans », Enfances & Psy, vol. no17, no. 1, 2002, pp. 23-35.

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