Mode d’emploi de l’éducation à l’usage des parents perdus

Pour le moment, il n’existe pas de formation spécifique pour devenir parent. Vous n’avez pas besoin de valider des compétences en médecine, en psychologie du développement, en neurosciences, en nutrition ou en science de l’éducation avant de concevoir votre premier enfant. Pourtant, la vulgarisation de nombreuses approches visant à éduquer de la meilleure façon possible les enfants, promeut, à son insu, un standard très élevé de la parentalité, renforçant l’idée que tous les parents ont besoin de se former pour avoir les compétences éducatives nécessaires.

La transmission générationnelle qui permettait autrefois aux jeunes mères d’apprendre au contact des femmes de la famille n’existe plus ou quasiment plus. De toute façon, les connaissances sur le développement de l’enfant ont tellement évolué et changé que les recommandations d’aujourd’hui diffèrent beaucoup trop de celles d’hier… Prenons par exemple la position du couchage des bébés : il y a d’abord eu le couchage sur le ventre, recommandé pour éviter les risques d’étouffement en cas de vomissement, puis le couchage sur le côté et aujourd’hui la haute autorité de santé recommande le couchage sur le dos (pour prévenir le risque de mort subite). Pourtant, une association de parents s’inquiètent désormais d’une sous-estimation de cas de plagiocéphalie qui serait dû au couchage sur le dos, ainsi que d’éventuelles conséquences sur le développement du cerveau (attention ce n’est qu’un exemple et je ne remets pas ici en cause le couchage sur le dos). Bref, vous l’aurez compris, les recommandations changent avec les connaissances et même lorsque l’on pense connaître la réponse (en se basant sur des données scientifiques), on peut découvrir d’autres paramètres qui modifieront complètement nos idées (encore une fois, preuves scientifiques à l’appui). C’est sans fin, c’est schizophrénique et les parents ont de quoi se sentir perdus au milieu de toutes ces injonctions parfois contradictoires. Mais alors comment faire pour éduquer nos enfants?

Éduquer avec bienveillance et empathie, communiquer de manière non violente avec ses enfants ou vivre sa parentalité de manière positive est évidemment et incontestablement ce que souhaite n’importe quel parent. Pourtant, dès lors que l’on parle d’éducation sur les réseaux sociaux, nous assistons médusés à un véritable pugilat entre parents, chacun défendant ce qui est, selon lui, la meilleure façon d’éduquer. Nous avons d’un côté ceux qui pensent que “les fessées n’ont jamais traumatisé personnes” et à l’autre extrême ceux qui pensent que frustrer son enfant risque d’endommager son cerveau.  Certains professionnels de la petite enfance pensent même détenir la vérité et en vrais défenseurs de leur cause vont multiplier les conférences, les ouvrages, les vidéos, les ateliers ou les formations. Personnellement, en tant que psychologue, ancienne chercheuse et mère de 4 enfants, je me suis beaucoup (pour ne pas dire énormément) documentée sur ce sujet et les différentes théories qui en découlent. C’est absolument passionnant mais très confusionnant.

Je vous accorde que le titre de mon article est très aguicheur mais le mode d’emploi de l’éducation que je m’apprête à vous donner risque fort de vous « décevoir », dans la mesure où, contrairement à la plupart des livres sur la parentalité que vous avez pu lire, je ne vais pas vous donner des conseils précis sur ce que vous devez faire ou ne pas faire. Je ne peux pas, pour la simple et bonne raison qu’au vu des connaissances que nous avons aujourd’hui sur le sujet, il n’est pas possible de déduire un modèle éducatif précis et indiscutable. De plus je ne connais pas votre histoire, l’endroit où vous habitez, l’âge de vos enfants, le nombre d’enfant dans votre famille, votre niveau de vie… je ne sais pas si vous avez un handicap ou si un de vos enfants a un handicap, si vous élevez seul vos enfants ou si vous êtes très entouré…

Voilà donc mon avis (qui reste personnel et tout à fait discutable ! ) : le meilleur expert pour votre enfant c’est avant tout lui-même et ensuite vous. Ce qui fonctionne avec un enfant ne fonctionne pas forcément avec les autres. Certains ont besoin de plus de limite, d’autres ont besoin d’être plus accompagnés, plus rassurés. Pour calmer les crises de larmes un câlin peut parfois suffire et puis avec d’autres enfants il ne faudra surtout pas les approcher et ils auront besoin d’être seuls, d’autres auront besoin de discuter et d’argumenter et certains auront besoin de plus de fermeté. Nous sommes tous différents et nous fonctionnons tous différemment. Bien évidemment, faire preuve de bienveillance avec ses enfants, les respecter, être empathique et ne pas être violent est ce qu’il y a de mieux à faire. Il n’y a pas besoin d’étude scientifique pour savoir que les conflits et les violences ne règlent pas les problèmes (rapport aux guerres dans le monde toussa toussa…). Oui mais si c’était si simple à mettre en place je ne serais probablement pas en train d’écrire cet article et vous ne seriez pas aussi nombreux à vous ruer sur les livres qui parlent d’éducation et de parentalité.

Comme le sujet est brûlant et déchaîne les passions (moi qui déteste la polémique je regrette déjà cet article !), je vous propose de prendre un exemple pour comprendre l’idée que je développe en vous éloignant du thème de la parentalité et en faisant le parallèle entre le modèle parental idéal et la manière de vivre idéale. En effet, nous savons tous plus ou moins ce qu’il faudrait faire pour être en bonne santé : vivre loin de la pollution des grandes villes, faire du sport régulièrement, manger sainement (bio et de saison), éviter tous les perturbateurs endocriniens, ne pas fumer, éviter l’alcool, ne pas être stressé, s’éloigner des écrans… pourtant, même en ayant de nombreuses connaissances sur ce sujet, peu de personnes peuvent se vanter d’avoir un mode de vie irréprochable. Si nous ajoutons à cela les différentes théories (parfois contradictoires) qui viennent se greffer à toutes ces injonctions alors nous sommes complètement perdus. Faut-il pratiquer le jeûne intermittent ? Prendre des compléments alimentaires ? Manger cru et cuisiner à basse température ? Vous voyez maintenant où je veux en venir ? Faire preuve de bon sens, choisir ses combats, ne pas se précipiter vers des conclusions hâtives, ne pas rester enfermés dans nos opinions (qui deviennent alors dogmes et nous enferment dans une réflexion binaire) lorsque nous sommes confrontés à de nombreuses informations contradictoires et apprendre à se faire confiance. Observer, tester, se tromper, recommencer… c’est être humain, vivant et c’est normal. Dans les moments de doute rappelez-vous cette phrase d’Aristote : “L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit”.

J’aime beaucoup la théorisation de STERN sur les interactions précoces mère/bébé. En 1989 il a théorisé le concept d’accordage affectif entre la mère et l’enfant, expliquant ainsi l’ajustement émotionnel et relationnel entre la mère et le bébé. Cela se fait inconsciemment, sans que nous ayons besoin d’y réfléchir. D’ailleurs, lorsque l’on observe par exemple une mère avec son petit enfant, cet accordage, cet ajustement de l’un et de l’autre ressemble à une véritable chorégraphie parfaitement orchestrée. Vous avez peut-être, en tant que parent, différentes connaissances théoriques concernant l’éducation et le développement des enfants mais n’oubliez pas que ce qui forge le socle de vos compétences ne s’apprend peut-être pas dans les livres. Savoir s’ajuster et s’adapter à son enfant et à ses particularités ainsi qu’à la réalité reste primordial. Prenons un exemple : Si vous avez un enfant avec des difficultés d’adaptation au système scolaire, peut-être que pratiquer l’instruction en famille ou l’inscrire dans une école alternative qui respecte son rythme pourrait être une bonne idée et résoudre le problème ? … oui, peut-être, mais si vous êtes une mère célibataire qui a des difficultés à joindre les deux bouts chaque mois, vous allez vous confronter au principe de réalité. En effet, vous ne pourrez pas descolariser votre enfant pour vous en occuper à temps plein ou l’inscrire dans une école hors de prix. Êtes-vous pour autant une mauvaise mère ? Votre enfant deviendra-t-il un adulte paumé pour autant ? Je ne le pense pas. Et peut-être même que votre enfant réussira à trouver des solutions pour surmonter cette difficulté. L’intelligence est alors la capacité d’adaptation.

Chers parents perdus, faites ce que VOUS pensez être bon pour VOS enfants en fonction de VOUS, des particularités de VOS enfants et de VOTRE vie. Ne vous épuisez pas dans votre parentalité, prenez soin de vous, faites vous confiance, faites de votre mieux sans vous culpabiliser de ne pas réussir à atteindre les « standards » parfois inatteignables que vous visez (ou que l’on vous enjoint à poursuivre « pour votre bien et celui de vos enfants »). N’oubliez pas de rester bienveillant avec vous-même. Ce qui me semble primordial dans l’éducation et le développement des enfants, le meilleur outil pour les aider à bien grandir c’est d’avoir un parent heureux et épanoui. Un parent qui montre l’exemple.

Vous l’aurez compris, pour moi il n’est pas possible de parler d’éducation sans parler de parentalité et d’individualité. Je terminerai par un exemple qui déchaîne lui aussi les passions en vous posant une question : Pensez-vous que l’allaitement est ce qu’il y a de mieux pour tous les enfants ? Ma réponse à cette question est que parfois “oui” et parfois “non”. Le lait maternel est ce qu’il y a de meilleur du point de vue nutritif pour les nourrissons. Oui mais nourrir son enfant ce n’est pas simplement lui donner de bonnes choses nutritionnellement parlant. C’est aussi lui porter de l’attention, de l’amour, c’est savoir reconnaître ses besoins (quelle position préfère-t-il pour être nourri ? A t-il besoin de prendre son temps ? …), mobiliser son attention, échanger avec lui… Bref, lorsqu’on nourrit un enfant on le nourrit physiologiquement mais également psychiquement et affectivement. Une tétée donnée dans les cris et les pleurs, une tétée donnée dans la douleur et la rancœur n’est pas ce qu’il y a de mieux pour un nourrisson. Un biberon donné avec amour, tendresse, patience et bienveillance est bien meilleur qu’un sein donné avec aigreur. J’ai vu des mères dépressives refuser de reprendre leur traitement après l’accouchement pour pouvoir allaiter leur bébé et qui souffraient beaucoup trop, entraînant dans leur chute psychique toute la famille.

Si vous ne devez retenir qu’une seule chose de ce mode d’emploi de l’éducation c’est que vous êtes la seule personne experte de votre (vos) enfant(s). Tout est une question d’équilibre et d’accordage, les paramètres à prendre en compte sont beaucoup trop nombreux pour généraliser et mettre en place un protocole optimal éducatif précis. Faites vous confiance, évitez les dogmes et les recettes toutes faites, observez, testez, trompez-vous, évoluez et surtout profitez autant que possible ! La parentalité est indéniablement une chose fabuleuse mais c’est aussi un sacré challenge qui peut parfois être très difficile par période…

Chers parents, vous faites de votre mieux et c’est très bien.

Anne-Sophie.

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